Communiqué de presse

Communiqué — Retrait des sculptures, juillet 2026

Saint-Antonin-Noble-Val, juillet 2026

Depuis des semaines, je suis la cible d’actes répétés et anonymes que je perçois comme un harcèlement moral à l’encontre de mon travail de sculpture éphémère de rue à Saint-Antonin-Noble-Val : destruction d’œuvres, vol, rumeurs, signalements. Chaque nouvelle sculpture que j’ai débutée depuis la pièce 0018 a été détruite avant d’être terminée ou vandalisée peu après.

Pourtant, mon travail suscite un large soutien populaire et communal.

En réaction, j’ai décidé de retirer l’intégralité de mes œuvres finalisées à ce jour sur les murs de la ville médiévale.

Face à cette pression à visages couverts, la réponse juste ne devrait pas être moins d’art, mais plus d’art : aussi je propose que soit porté collectivement auprès des élus le projet d’un Festival des Arts Éphémères sur le territoire pour 2027.

Ce retrait n’est ni une fin, ni une capitulation pour 2026, mais un acte symbolique fort : le sujet de mon travail est la mise en abyme de la fragilité du geste artistique dans un espace public en pleine érosion. Le rejet iconoclaste est donc, en réalité, la contribution la plus forte à mon propos : il l’illustre bien mieux que la pluie et le gel n’auraient pu le faire.

Le contexte

Fin février 2026, j’ai démarré une série de sculptures en terre crue à même les murs de Saint-Antonin-Noble-Val : 21 sculptures à ce jour ont été réalisées, entre 15 et 25 heures de présence face au mur pour chacune, soit entre 400 et 500 heures de travail avec les tâches annexes.

Un corpus gratuit, sans commanditaire, mené dans un soutien chaleureux des Saint-Antoninois.es et de la municipalité.

À partir de la quatrième sculpture, de petits actes de vandalisme sont apparus. Ils ont gagné en violence symbolique à mesure que le nombre de pièces augmentait, jusqu’à la destruction totale. Le point culminant a été la destruction de la pièce 0019, un buste de danseuse : d’abord à coups de poing, en deux épisodes, puis quelques jours plus tard à coups de pied, avec plusieurs traces de semelles différentes. Quelques jours plus tard, j’ai découvert le vol de la pièce 0015, dont le cartel portant ma signature a été arraché et jeté au sol, seule trace restante de vingt heures de travail.

Aucun de ces actes n’a été revendiqué. Je ne sais pas qui en sont les auteurs, et je n’accuse personne.

Cependant, détruire des œuvres d’art est un geste grave dont les auteurs ne mesurent peut-être pas la portée. L’histoire retient que l’iconoclasme a souvent été le marqueur des temps qui précèdent les époques troubles.

Rétablir les faits

Des affirmations inexactes circulent au sujet de mon travail : la mairie passerait commande de mes pièces ; je mettrais en place un dispositif commercial de divertissement estival favorisant un tourisme de masse.

Rétablissons les faits. Mon travail de rue dans la cité médiévale de Saint-Antonin-Noble-Val est libre de tout commanditaire : aucune commande, publique ou privée, n’existe à ce jour. Je n’ai pas à m’excuser de devoir vivre de mon travail, pour autant, la gratuité de ce geste-ci ne doit pas être minimisée.

Cependant, la municipalité a souhaité soutenir mon initiative dans la mesure de ses moyens. J’ai émis début juin 2026 une facture symbolique de cession de droits d’auteur pour l’exploitation de l’image de mes œuvres et de l’usage de mes photographies documentaires pour 2026, d’un montant de 700 €.

C’est la totalité du lien économique entre la mairie et moi à l’instant où j’écris ces lignes.

Le débat d’idées est légitime, encore faut-il qu’il ait lieu

À ce jour, aucune critique de mon travail n’a été formulée par écrit dans la sphère publique : aucun texte, aucune tribune, aucune lettre ouverte, aucune pétition. Les griefs me parviennent par des voies détournées comme la rumeur et le signalement, ou par des échanges directs.

Je précise que je ne prête aux personnes qui ont critiqué oralement mon travail aucun des actes matériels commis sur mes œuvres et je réitère ma volonté de dissocier clairement les faits observables des rumeurs de seconde main.

Il m’a ainsi été déclaré récemment, en des termes se voulant l’écho d’un ressenti partagé, que mes œuvres n’avaient pas leur place dans les ruelles de la cité, qu’elles nuiraient à la beauté « sacrée » de la ville et que je ferais la promotion d’une gentrification touristique. Ces griefs ont été exprimés dans un discours plus large sur le rejet de principe du monde industriel, jugeant que le tourisme en est un symptôme et que mon travail en est la matérialisation.

J’ai accueilli cette critique comme elle mérite de l’être : par le débat. Et j’ai répondu par une invitation : que ce ressenti, s’il est aussi largement partagé qu’affirmé, soit porté par le haut dans une lettre ouverte, signée, adressée à moi, à la municipalité ou à l’espace public. Cette invitation reste ouverte à toutes et tous. Le débat sur l’art dans l’espace public est légitime et nécessaire, mais je crois qu’il devrait se mener à visage découvert, arguments contre arguments.

Sur le fond, je conteste la position défendue : s’ériger en gardien de l’intégrité esthétique d’un territoire, contre le soutien manifeste du plus grand nombre et de ses élus, c’est estimer entretenir avec lui un rapport de propriété. À titre d’opinion personnelle, je considère que cette position est réactionnaire et inquiétante.

Je fais l’hypothèse que mon travail sert ici de cible pratique dans une contestation plus large de la politique culturelle de la ville, et que c’est cette politique qui est visée.

Cependant, je refuse que mon travail gratuit et sans commanditaire soit instrumentalisé dans une guerre politique contre une mairie qui, par ailleurs, soutient l’art et la culture pour toutes et tous.

Le retrait : un acte symbolique

En retirant mes œuvres, je retire les braises sur lesquelles soufflent celles et ceux qui se nourrissent de la discorde, dans une ville qui n’a pas le luxe de pouvoir rejeter le monde contemporain d’un bloc monolithique. Dans un bassin de vie comptant 27 % de pauvreté (INSEE 2023), la fin du mois impose à beaucoup d’entre nous des nuances dont certaines personnes ne semblent pas percevoir la réalité matérielle.

Plusieurs habitant.es ont pu me dire : « Celle-ci, je ne l’aime pas, elle me fait peur. » Mais à la question « Voulez-vous que je la retire ? », la réponse a toujours été « non ». Il semble que la position raisonnable est de reconnaître qu’une chose que l’on n’aime pas puisse cependant avoir sa place dans une ville qui l’accueille volontiers.

Ce que je retiens, c’est que l’art populaire a reçu l’assentiment populaire, le seul qui compte pour moi dans ma démarche de rue. Je valorise un art du travail et du savoir-faire, au pied du mur, qui interroge notre rapport à l’automatisation et à la disparition programmée de nombreux métiers.

Encore plus d’art : un Festival des Arts Éphémères pour 2027

Je propose ainsi ceci à toutes celles et ceux que l’idée séduirait : portons auprès des élus le projet d’un Festival des Arts Éphémères sur le territoire pour 2027. Land art, papier mâché, dessin au fusain, peinture à la craie et à l’argile sur les sols, installations en carton ou matériaux biodégradables, sculpture sur sable ou en terre crue, et toute pratique respectueuse du bâti fleuriraient l’espace de quelques semaines, pour nous rappeler que l’espace public est le lieu de la rencontre, du rêve et des utopies qui construisent d’autres imaginaires que celui d’un futur sans avenir.

À la fin du monde, les pessimistes auront sacrifié une vie d’aigreur à avoir raison. Les optimistes auront connu la joie de construire des rêves avec et pour les autres.

Stéphane Wootha Richard

Photographies

Retrait des sculptures Semiostalgia — documentation photographique, juillet 2026