P0019
Je repère cet emplacement avant tous les autres, mais je le réserve pour plus tard. C'est un de mes premiers coups de cœur. J'y vois une danseuse, en vêtements ordinaires, dont seuls le buste et le haut des bras sortent du mur, la tête jetée vers l'arrière gauche, comme dans un refus. Des mains sortant du mur l'empoignent violemment, comme pour la tirer vers l'intérieur. Je travaille en plusieurs passes sur quelques semaines. Je pose d'abord la structure en grillage, puis je reviens après deux ou trois autres pièces pour poser la base anatomique sous-jacente en argile, celle sur laquelle je m'appuierai pour construire ensuite la sculpture définitive. La terre que j'ai mélangée à partir d'argile locale amendée d'une pâte plus plastique est trop humide. Le samedi, je la bâche avec un sac poubelle, pour lui permettre de se raffermir lentement pendant que je sculpte la pièce P0018. Le dimanche matin, je viens voir si elle a traversé la nuit sans être découverte. Je constate qu'elle a pris un uppercut dans le menton. Les traces des phalanges sont bien visibles, mais rien d'irrécupérable. Le lundi après-midi, je suis dans la rue pour enfin m'attaquer à la sculpture. En arrivant, je comprends que mon faussaire est revenu continuer son travail. La pièce a reçu une dizaine de coups de poing, la structure en grillage s'est aplatie. La cage thoracique a été enfoncée, le sternum prenant la place du cœur et le crâne a lui aussi cédé sous les coups acharnés. Je décide de conserver la pièce en l'état, car elle parle parfaitement de la violence faite aux corps. Je la débâche pour la laisser sécher, projetant de la signer et de la documenter en l'état.






























































